Rêves, mimiques et apprentissages

Au début de la vie, à quoi sert le sommeil paradoxal ?
Comment l'étudie-t-on ?

Quand les sourires des nouveau-nés
ont des messages a transmettre ...

 

De nombreuses fonctions ont été attribuées au sommeil paradoxal :

       - Restauration psychique

       - Rôle dans la maturation et le développement du cerveau (Roffwarg, 1966);

       - Maturation de l'efficience visuelle (Bergel);

       - Rôle de programmation génétique du comportement (Jouvet);

       - Rôle "sentinelle": permet de se réveiller périodiquement afin de contrôler l'environnement pendant le sommeil (Snyder);

       - Rôle dans la mémoire et l'apprentissage: consolidation de la mémoire à long terme, facilite l'intégration des acquisitions nouvelles;

       - Réafférentation du cortex après le sommeil lent profond;

       - Stimulation des fonctions hémisphériques droites.

La plupart d'entre elles trouvent leur justification dans la constatation d'une très grande quantité de ce sommeil chez les êtres qui, comme l'homme, naissent immatures. Parmi toutes ces hypothèses, nous nous intéresserons à celles qui peuvent être impliquées dans le développement neuropsychique de l'enfant: c'est-à-dire au rôle du sommeil paradoxal dans les processus de mémorisation et d'apprentissage, et à deux théories importantes: celles de Howard Roffwarg (1) et de Michel Jouvet (2).

Ces théories restent spéculatives: nous essayerons de les étayer sur l'analyse des mécanismes neurophysiologiques du sommeil paradoxal; sur les résultats des expériences de privation de sommeil, et sur une étude personnelle de la signification neurophysiologique des mimiques faciales observées au cours du sommeil chez le nouveau-né.

Le sommeil paradoxal est le support neurophysiologique du rêve;  il correspond à une activation cérébrale intense: l'activité électrique des neurones et le flux sanguin sont, dans certains territoires cérébraux, chez l'animal mais aussi chez l'homme, aussi importants qu'à l'éveil; mais cet éveil est uniquement interne puisqu'il existe au cours du SP une atonie musculaire très importante réalisant une véritable paralysie et une diminution des capacités sensorielles. Les centres du SP se situent dans le tronc cérébral. L'inhibition des neurones moteurs qui entraîne la paralysie, l'éveil cortical, les activités phasiques (c'est-à-dire les mouvements oculaires, les petits mouvements du visage et des extrémités, les irrégularités cardiaques et respiratoires) dépend de groupes spécifiques de neurones situés au niveau du bulbe et du pont. D'un de ces centres partent des impulsions: les ondes ponto-géniculo-occipitales (PGO); ces ondes probablement génétiquement programmées, sont responsables de l'activation de presque toutes les structures cérébrales. Il existe aussi vraisemblablement au cours du sommeil paradoxal une activation plus importante du cerveau droit et une section fonctionnelle du corps calleux: une indépendance entre cerveau droit et cerveau gauche, qui est peut-être à l'origine du caractère bizarre de nos rêves.

Le nouveau-né dort beaucoup: il dort jour et nuit. Son sommeil est surtout caractérisé, comme celui de tous les mammifères qui naissent immatures (chatons, ratons) par une très grande quantité de sommeil agité (SA). Ce sommeil est l'équivalent du sommeil paradoxal; il est appelé "agité" parce qu'il est fragmenté par de très fréquents mouvements corporels, mais ses caractéristiques sont, entre ces mouvements, tout à fait identiques à celles du sommeil paradoxal: le nouveau-né est, comme l'adulte, très hypotonique. L'électro-encéphalogramme est plus lent, mais, au cours du développement, l'activation corticale du sommeil agité précède celle de l'éveil. Les activités phasiques et en particulier les mouvements oculaires, caractéristiques du sommeil, sont en revanche beaucoup plus fréquents.

La quantité de sommeil agité est aussi beaucoup plus importante que celle du sommeil paradoxal, puisqu'elle est de huit heures en moyenne par jour au lieu de deux heures seulement chez l'adulte.

Le nouveau-né s'endort et s'éveille en sommeil agité. Les éveils calmes, c'est-à-dire les périodes où l'enfant est capable de recevoir des stimulations de son environnement, sont rares.

Le foetus dort. Il est possible d'étudier son sommeil sur l'étude de plusieurs paramètres: sur l'analyse des variations du rythme cardiaque foetal (le rythme cardiaque est irrégulier au cours du sommeil agité, régulier au cours du sommeil calme), sur l'analyse des mouvements oculaires et des mouvements corporels observés sur échographie avec enregistrement vidéo.

Ces études ont montré que le sommeil du foetus est tout à fait identique à celui du nouveau-né prématuré de même âge gestationnel: les premières périodes de sommeil agité apparaissent dès le sixième mois de gestation (vingt-huit semaines), le sommeil agité s'individualise plus précocement que le sommeil calme et l'éveil calme. Sa quantité augmente très rapidement: il représente 65 % environ du temps de sommeil à huit mois de gestation. Plusieurs études suggèrent que la quantité de ce sommeil agité diminue près du terme. In utero, l'éveil calme est virtuellement absent.

Au cours des deux premières années de la vie : il existe une diminution rapide de la quantité de sommeil paradoxal, et au cours de la première année une relation très étroite entre la diminution du sommeil et l'apparition de l'éveil calme.

Source : MJ Challamel, - Autrement, Série Mutation 119 : 128-136 (1991)

 

Fiche pratiques : 

Guide du sommeil du nourrisson (PROSOM)

Dormir, c'est vivre aussi... (INPES)

Lien utile :

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