Lettre des Actualités Périnatales N°22/23/24
2eme, 3eme, 4eme trimestres 2006
Editorial
Dans la région Languedoc-Roussillon, nous ne disposons que de peu de données statistiques récentes relatives à la Périnatalité. Un tableau de bord régional de la grande prématurité a été
mis en place depuis 2002 par les pédiatres des trois centres de niveau III. Il permet à chacun de mieux connaître le pronostic néonatal immédiat des enfants d'âge gestationnel inférieur à
33 SA pris en charge en Languedoc-Roussillon. Il a permis de mettre en évidence une amélioration nette des résultats depuis l'époque où a été réalisée l'enquête EPIPAGE (1997). Confirmant
ces données, qui ne concernent que 1,5% des naissances, les chiffres nationaux montrent que le grand dynamisme des professionnels de la périnatalité
porte ses fruits. C'est particulièrement important à l'heure où les bénéfices de l'organisation en réseau demandent encore à être démontrés aux autorités de tutelle.
Les indicateurs de mortalité en Languedoc-Roussillon (données 2004) sont maintenant inférieurs à la moyenne nationale. Ainsi, pour la mortalité périnatale, la région Languedoc-Roussillon
est passée de la 17ème à la 3ème place en 10 ans. Cette évolution est consécutive au travail des professionnels en réseau, qui permet d'offrir aux mères et aux enfants une prise en charge
adaptée à leur niveau de risque. Bien que la structure associative du réseau n'ait été mise en place et financée que depuis 2005, les professionnels de santé avaient déjà commencé à
travailler en réseau depuis 2002. L'amélioration des pratiques professionnelles (reposant une haute technicité et une bonne coordination des soins) a eu un impact sur la mortalité
périnatale, notamment chez les enfants les plus fragiles.
Cependant, la plupart (80%) des naissances interviennent après une grossesse et un accouchement normaux.
Il est maintenant temps d'agir pour que la grossesse et l'accouchement physiologiques soient mieux pris en charge, c'est à dire dé-médicalisée. Cette indispensable réduction de la
médicalisation ne peut pas s'improviser.
Elle repose sur une parfaite connaissance de la physiologie et des possibles pathologies, afin de dépister toutes les situations à risque de complications.
Elle nécessite de connaître les avantages et inconvénients de certaines techniques de soins, telles que l'analgésie péridurale, qui est devenue
incontournable à la demande des patientes. Contrairement aux situations pathologiques ou la standardisation de la prise en charge est souvent synonyme de sécurité, la prise en charge des
situations physiologiques ne doit pas reposer sur des attitudes standardisées.
L'adoption de telles attitudes par les professionnels de santé est souvent expliquée par le manque de disponibilité mais reflète en fait un défaut de prise en compte du contexte socio-économique, culturel et psychologique particulier de chaque femme et de sa famille. Il est pourtant impératif de tenir compte du contexte culturel et de
la situation socio-familiale pour soutenir la mise en place de la relation mère-enfant, élément déterminant dans la prévention des troubles de l'attachement. Le dépistage et la prise en
charge des troubles de l'attachement débutent en effet très précocement. La mise en place du soutien aux familles repose sur la qualité du fonctionnement du réseau périnatal (consultation
du 4ème mois, soutien en cas de pathologie maternelle ou fœtale, soutien de l'allaitement maternel et de la relation mère-enfant à la naissance dès les premières heures de vie), et
du réseau de suivi des enfants vulnérables (dépistage précoce des troubles de l'attachement et de toute autre pathologie du développement). Ces éléments
doivent être parfaitement connus des professionnels de la périnatalité car ils peuvent avoir un effet significatif sur la qualité de la prise en charge des mères et des enfants.
Pr Jean-Charles Picaud
Rédacteur en chef
Chef de service Pédiatrie II - Unité de réanimation néonatale- CHU Arnaud de Villeneuve - Montpellier
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